HISTOIRE DU PORTUGAL
La
suprématie portugaise 1394-1487
Peuple
de commerce et des grandes croisades, le Portugal partira
contre les Maures en Afrique du Nord et ouvrira au monde les
grandes routes commerciales. C'est à Ceuta en 1415 que
commence réellement la grande saga portugaise à la conquête
de l'espace océanique. Sous l'influence de Henri le
Navigateur, partent les premières caravelles vers Madère,
les Açores et le Brésil. En 1498, Vasco de Gama marque d'une
pierre blanche la gastronomie portugaise en trouvant la route
des épices qui sera jalonnée jusqu'en Extrême-Orient
d'escales aux parfums enivrants. Les trésors rapportés en
ballots à fond de cale au prix de vies humaines et d'épopées
ont noms de coriandre, poivre, gingembre, safran, paprika. Ils
furent les premiers à jeter l'ancre aux Moluques pour la noix
muscade, au Japon et en Éthiopie pour le riz et le thé, sur
la côte africaine pour le café et les cacahuètes sans
oublier l'ananas, le poivron, la tomate, la pomme de terre
qu'ils avaient rapportés déjà du Nouveau Monde.
Malgré
les affirmations de Pythagore - 500 ans av. J.-C.- de la
rondeur de la terre et, plus tard, de Ptolémée, les marins
du XlVe ont encore en image le serpent marin à sept têtes et
la peur irraisonnée de l'inconnu. Personne, croyait-on
encore, n'avait osé descendre plus bas que le Cap Bojador au
Sahara occidental. Les courants contraires, les vents du
nord-est soulevaient des tourbillons de sable, des murs d'eau
envoyés par une puissance monstrueuse depuis les fonds marins
poussaient les navires sur les écueils de la côte, là où
le soleil était si près de la terre qu'il brûlait littéralement
la peau des indigènes jusqu'à la rendre toute noire. Autant
de preuves pour ancrer la foi des marins dans les vieilles
superstitions que le Cap Bojador était un avant-poste du bout
du monde. Tout marin assez fou pour s'aventurer au-delà
risquait de tomber dans l'abîme.
Dom
Juâo, roi réaliste et ouvert aux grandes découvertes n'hésite
pas à constituer une flotte importante pour partir à la
conquête des mers vers le sud et vers l'ouest au delà des
Iles Fortunées (Iles Canaries) que les marins phéniciens
avaient ainsi nommées deux mille ans plus tôt. Il redécouvre
les Açores et essaie de se rendre jusqu'à Antillia plus à
l'ouest.
Il
faut attendre le début du XVe siècle pour rencontrer un
homme capable de braver le Cap Bojador poussé, il est vrai,
par l'autorité toute puissante du Prince Henri, le seul fils
de Dom Juào ayant hérité de son père cet instinct de la
mer. Ayant grandi parmi les cartographes, les géographes, les
astronomes et autres savants, Henri dit le Navigateur - lui
qui n'a jamais navigué - troisième fils du roi du Portugal
Jean ler, devient gouverneur d'Algarve après la défaite des
Maures de Ceuta et gouverneur de l'ordre des Chevaliers du
Christ l'année suivante. Ayant étudié les cartes anciennes,
il reconnaît scientifiquement, que l'Asie peut être rattrapée
en empruntant la route du sud. Déjà les Phéniciens
faisaient le tour de l'Afrique il y a plus de l 500 ans et la
route la plus courte vers les épices passe par l'est. A la
pointe sud-ouest du Portugal, à l'endroit où se confondent
la Méditerranée et l'Atlantique, le prince Henri fait
construire la Villa do Infante sur le promontoire de Sagres près
de la ville portuaire de Lagos et entreprend de changer le
cours du trafic maritime.
Après
avoir lancé ses premières explorations (Açores et Madère
en 1419), il envoie Gil Eannes, écuyer de sa maison, vérifier
sa théorie en 1434. Préférant braver sa peur que la colère
d'Henri, Eannes s'embarque au départ de Lagos sur une "barca",
une grosse chaloupe à voiles et avirons, des chapelets d'ail
accrochés aux poutres de la réserve. Evitant la zone
dangereuse, il contourne le Cap Bojador.
Plusieurs
expéditions sont ainsi lancées: Eannes, accompagné d'un
marin hardi du nom d'Afonso Gonçalves Baldaia, entreprend un
long cabotage et jette l'ancre 50 lieues au-delà du cap où
les empreintes d'hommes et de chameaux étaient inscrits dans
le sable. Dans un autre voyage, Il rencontre un petit bras de
mer à 100 lieues au sud de Bojador qu'il baptise "Rio do
Ouro"; il rencontre les premiers Africains et embarque
des centaines de peaux de loups-marins. Il ne rapporte aucune
épice mais brise la frontière de l'ignorance et donne au
Portugal quelques encablures d'avance sur l'Espagne. Le
Portugal avance sur sa lancée, obstiné et courageux sur la
route circumafricaine. En 1444, Denis Dias atteint
l'embouchure du Sénégal; la Gambie en 1445. La route est
ainsi tracée jusqu'au Cap Blanc à 600 km au sud de Bojador.
Certains marins qui ont aperçu des squelettes d'hommes et
d'animaux font courir le bruit que si la mer continue plus au
sud, l'eau douce est introuvable mais ces légendes marines ne
portent plus écho. Diego Afonso érige un premier grand
"padrao", croix pour marquer le passage du Cap Blanc
et confirmer les droits du Portugal sur ces terres nouvelles.
Il sert de premier point de repère pour les autres
navigateurs sur la route des Indes. En 1448, le roi Henri
ordonne la construction du premier fort et comptoir outre-mer
à Arguin. L'ère de la découverte est vraiment amorcée.
Henri
le Navigateur commence à jalonner la côte occidentale de
l'Afrique et octroie, à partir de 1450 des licences
d'exploitation.
En
1453, les Byzantins doivent abandonner Constantinople aux
mains de Mohamrned II. Cette plaque tournante du commerce des
épices devient Istambul. L'empire ottoman, turc et musulman
est maître du Bosphore et des Balkans. Il s'empresse
s'enclaver la Mer Noire et coupe les vieilles routes
commerciales qu'empruntaient les caravanes chargées des
meilleurs produits de l'orient. Les ports italiens comme
Venise qui a presque le monopole de la redistribution des épices
en occident et tire d'énormes bénéfices sont menacés.
Outre le tribut que Venise verse aux corsaires de la côte
mauresque, les Turcs et les Musulmans constituent une menace
permanente en exigeant de payer tribut à Tréhizonde,
Constantinople et Antioche si elle ne veut pas compromettre
ses approvisionnements en poivre, cannelle, gingembre, girofle
et autres aromates. Leur bénéfice est déjà mangé avant
que les épices ne soient débarquées à Venise. Florence et
Gênes sont dans la même situation.
Il
faut trouver une autre route vers les Indes, c'est-à-dire
l'Asie méridionale. Quiconque découvrira vers l'Inde et la
Chine une route que les Turcs ne pourront pas bloquer,
obtiendra le contrôle du commerce en Méditerranée. L'Ordre
des Chevaliers du Christ reçoit en 1456 du pape Calixte III
les droits spirituels sur le littoral africain jusqu'aux
Indes. L'enjeu est de taille et les voiles des caravelles se
parent de la croix rouge de l'Ordre.
Bartholomeu
Dias double le Cap de Bonne Espérance
L'Ile
de Gomera dans les Canaries devient le premier port d'escale
pour tous les vaisseaux portugais longeant la côte africaine
où l'on pouvait s'approvisionner et trouver un chantier
naval. Contre un biscuit, un bout de fromage, une sardine et
une gousse d'ail, chaque matelot était prêt à faire son
quart . Après la mort d'Henri, son petit neveu monte sur le
trône. Jean II, bercé par ses récits, ordonne à
Bartholomeu Dias de découvrir le passage vers l 'Est et de
poursuivre l'oeuvre de son grand oncle en contournant le Cap
de Bonne Espérance afin de doubler les riches marchands de
Venise et de l'Islam sur le marché des épices. Afin
d'entreprendre un aussi long et hasardeux voyage, Dias fait
construire une flottille de trois-mâts carrés. Selon ses
directives, on agrandit la cale afin d'augmenter
l'approvisionnement en épices.
En
même temps, Jean II envoie Pero da Covilha aux Indes par voie
de terre. Déguisé en musulman, il parvient à Calicut, port
indien d'importance situé sur la côte de Malabar et le
carrefour des routes commerciales des épices. Il remonte
ensuite la côte indienne jusqu'à Goa et s'informe de la
provenance des différents arrivages. Il apprend ainsi que le
poivre et le gingembre viennent de l'Inde et qu'il se trouve
au coeur même de la distribution. Les clous de girofle et la
cannelle arrivent par bateaux des îles plus à l'Est.
Vasco
de Gama trouve le premier la route des Indes
Vasco
de Gama entreprend de contourner l'Afrique. A Mombassa, le
sultan lui offre des clous de girofle, du poivre et ses services
pour le piloter jusqu'à Calicut. Le 20 mai 1498, une date
importante dans l'histoire commerciale, Vasco de Gama,
navigateur portugais, après 10 mois de navigation, poussé par
le vent de mousson d'été, touche la côte de Malabar aux Indes
à Calicut (Calcuta), et dame le pion à son voisin l'Espagne
sur le marché des épices. Cette nouvelle route transforme
immédiatement le profil du trafic maritime car la route des
Indes demeurera la même pendant quatre siècles jusqu'à
l'ouverture du canal de Suez.
Après
deux ans de scorbut, de tempête et de violence, au prix d'une
centaine de morts, de Gama est de retour en 1499. Le prix du
poivre a doublé depuis que Venise subissait l'assaut des Turcs.
Si le quintal de poivre se vendait 80 ducats à Venise, il n'en
coûtait que 3 à Calicut et la marge de profit était aussi
grande pour les autres épices comme la cannelle, la muscade et
la girofle.
Le
Portugal passe à un cheveu de découvrir l'Amérique ... mais
conserve le Brésil
Christophe
Colomb, qui avait grandi près du port de Gênes ouvert sur la
mer tyrrhénéenne, cherche refuge au Portugal car la ville est
de plus en plus harcelée par les Turcs et nombreux sont ses
compatriotes qui ont trouvé refuge dans ce pays côtier à
vocation maritime. Il tente de convaincre Jean II qu'en voguant
toujours vers l'ouest, il pourrait atteindre les Indes et la
route de Cipango en trois semaines à peine à partir des
Canaries.
Jean
II refuse et Christophe Colomb découvrira l'Amérique au nom de
l'Espagne.
A
cette époque, les papes ont deux favoris: le Portugal et
l'Espagne qui supportent l'Église sans restriction et punissent
les hérétiques. Mais, vers la fin du XVe siècle, Portugal et
Espagne, comme de simples commerçants, se livrent des guerre de
domination sur les îles des Indes orientales afin de s'assurer
du monopole des épices.
Peu
de temps après le retour de Christophe Colomb de son premier
voyage, fatigué d'être le spectateur d'une guerre commerciale
que se livre ses deux favoris, le pape Alexandre VI décide de
mettre un terme à cette rivalité. Dès 1493, une
"bulle" partage le monde entre les Espagnols et les
Portugais. Il trace une ligne de démarcation d'un pôle à
l'autre, située à I00 lieues (5OO km) à l'ouest du Cap Vert.
L'Espagne obtient le monopole de l'ouest, le Portugal, celui de
l'est.
Le
roi Jean II décide alors de contourner le décret pontifical en
se rendant aux Indes en passant par le cap de Bonne Espérance.
La tension monte. le 7 juin 1494, les ambassadeurs des deux pays
se rencontrent à Tordesillas en Espagne et la ligne de partage
est modifiée à 3700 lieues à l'ouest (49 degrés de longitude
ouest).
Le
Portugal pourra ainsi revendiquer le Brésil découvert par
Cabral en l'an l500, une erreur de parcours alors qu'il se
rendait aux Indes.